C’était en 1899, Les deux frères sont nés albinos, de parents afro-américains, à une époque où les droits des Noirs dans le sud des États-Unis se résumaient à presque rien.
Leur peau blanche contrastait avec leurs traits et leur assignait une allure exotique qui n’a pas échappé aux frères Ringling.
Ces derniers les ont exploités en les faisant passer dans leurs spectacles pour des cannibales, des erreurs de la nature ou des « ambassadeurs de Mars »
À l’âge de neuf et six ans, George et Willie Muse ont été enlevés à Truevine et contraints de rejoindre un cirque ambulant, à une époque où les Noirs étaient considérés comme de vulgaires marchandises.
Ils faisaient partie des plus grosses attractions du cirque des frères Ringling pendant toutes les années 1920 et 1930, à une époque où celui-ci régnait en maître dans le domaine du divertissement.
Après le jour de Noël, le jour du cirque – c’est-à-dire lorsque celui-ci arrivait dans votre ville – était le moment le plus important de l’année. Les gens s’y rendaient en masse pour voir le train décharger à des heures très matinales, même s’ils n’avaient pas les moyens d’assister aux spectacles une fois le cirque installé.
Quand ils n’étaient encore qu’adolescents, ils étaient présentés comme de simples bêtes de foire – leur peau laiteuse et leurs yeux bleus suffisaient à captiver. Après quelques années, leurs managers leur ont donné des instruments comme simples accessoires.
Les frères avaient la faculté de pouvoir rejouer à la perfection une musique qu’ils avaient entendue et ce sur n’importe quel instrument – du xylophone au saxophone en passant par la mandoline.
Ils étaient illettrés parce qu’ils n’avaient jamais eu le droit d’aller à l’école. Ils ont confié à leurs proches que leurs premières années au cirque avaient été traumatisantes.
Ils étaient retenus captifs et on leur avait dit que leur mère était morte. La presse se moquait souvent d’eux. Leur enlèvement n’a jamais été mentionné
Des décennies avant l’apparition de la télévision, les frères Muse étaient des célébrités internationales, invitées à livrer des performances devant des hordes de spectateurs de Buckingham Palace jusqu’au Madison Square Garden.
Les frères Muse ont joué devant les membres de la famille royale britannique et dans des spectacles à guichets fermés au Madison Square Garden. Leurs performances étaient parfois relatées à la une du New York Times.
En parallèle, leur mère Harriet refusait d’accepter cette situation. Elle a donc consacré des décennies entières à tenter de les faire revenir.
Leur mère une femme noire a défiée les hommes blancs, pour que ses fils ne soient plus considérés comme des marchandises.
Leur maman, une véritable héroïne méconnue – une domestique noire et analphabète a vécu la période la plus dure de la ségrégation américaine.
Elle résidait dans une ville où le chef de la police était le fondateur et le leader du Ku Klux Klan. Elle s’est dressée non seulement contre lui mais aussi contre les puissants avocats des frères Ringling.
Elle aurait pu se faire lyncher. Elle s’est dresser devant de puissantes autorités pendant 20 ans, bravant tous les interdits.
Elle ne savait pas lire parce que les métayers en Virginie n’allaient pas à l’école, mais elle était persuadée que ses fils étaient avec le cirque, lorsqu’elle s’est pointée là-bas pour les récupérer en 1927.
Elle a dit à des proches qu’elle avait vu ça dans un rêve. C’était très téméraire de sa part, presque du suicide. Lorsqu’elle est arrivée au cirque, elle s’est retrouvée face aux avocats des Ringling et huit policiers.
Elle a tenu bon et a réussi à faire revenir ses fils.
Durant des décennies après leur mort, seule la famille Muse savait comment « Eko » et « Iko » – comme on les appelait au cirque – étaient redevenus George et Willie.
Une fois que leur mère les avait retrouvés et qu’elle avait signé un accord avec le cirque, ils étaient libres de choisir s’ils voulaient revenir à la maison ou non.
Le choix était très compliqué. D’un côté, il y avait la vie à la maison, dans une cahute pleine à craquer sans eau courante, entourés de gens qui vous dévisagent.
De l’autre, la vie sur les routes avec le cirque. Au final, ils n’ont pas vraiment tranché : ils ont continué à se produire dans le cirque, ils gagnaient bien leur vie et on les autorisait à voir leur mère.
