»Je te vois dans mes rêves » : les femmes baka racontent la forêt qui disparaît

 »Je te vois dans mes rêves » : les femmes baka racontent la forêt qui disparaît

Projeté le dimanche 6 septembre 2026 au cinéma L’Eden à Douala, le documentaire Je te vois dans mes rêves est une immersion bouleversante dans l’univers du peuple baka de l’Est du Cameroun. Réalisé par le cinéaste britannique Phil Agland, le film donne avant tout la parole à celles qui portent la mémoire de leur communauté : les femmes. À travers leurs récits, se dessine l’histoire d’un peuple confronté à la disparition progressive de sa forêt, de ses savoirs et d’une partie de son identité.

Quand la forêt s’efface, une culture vacille

Dès les premières minutes, une femme baka s’adresse au spectateur. Sa voix guide un récit intime où alternent images en couleur et souvenirs en noir et blanc. Elle évoque une vie harmonieuse dans la forêt autrefois généreuse, peuplée d’animaux aujourd’hui devenus rares et d’arbres qui disparaissent sous les effets conjugués de l’exploitation forestière, des activités minières et de l’arrivée de nouveaux occupants.

Au fil des témoignages, une évidence s’impose : pour les Baka, la forêt n’est pas seulement un espace de vie. Elle est une école, une pharmacie, un lieu de transmission et le socle même de leur identité. Lorsque la forêt se dégrade, c’est une partie de leur culture qui s’efface avec elle. Un constat que les communautés expriment elles-mêmes avec lucidité et inquiétude.

Les femmes, premières victimes et premières résistantes

Le documentaire révèle également les blessures invisibles causées par ces bouleversements. Les femmes racontent l’insécurité grandissante, l’alcool qui s’est installé dans les villages et les violences qui en découlent. Elles parlent des hommes Kaka avec amertume. Une communauté voisine. D’ailleurs l’une d’elle témoigne du viol dont sa fille  a été victime avec amertume. Une autre évoque des années de souffrances au sein de son foyer. Derrière ces récits se dessine une réalité préoccupante : celle d’une communauté fragilisée par la perte de ses repères traditionnels et l’intrusion des Kakas dans leur communauté.

Mais le film ne s’arrête pas à la souffrance. Il montre surtout la résilience des femmes baka. Malgré les difficultés, elles continuent de protéger leurs enfants, de transmettre les savoirs ancestraux et de maintenir la cohésion familiale. Elles apparaissent comme les véritables gardiennes de la mémoire collective.

Une marche vers l’espoir

Face à l’appauvrissement de leur environnement, plusieurs familles prennent une décision radicale : partir à la recherche d’une forêt encore préservée et de communautés ayant conservé les connaissances traditionnelles perdues au fil du temps. Cette quête les conduit dans une longue traversée vers l’est, jusqu’aux frontières du Congo puis de la République centrafricaine.

Durant ce périple, le rôle des femmes est essentiel. Ce sont elles qui portent les enfants, construisent les huttes, organisent la vie quotidienne et veillent à la survie du groupe. Elles incarnent la continuité dans un contexte marqué par l’exil et l’incertitude. Les hommes eux, les protège et jouent les guides.

Le film montre aussi combien l’éducation demeure une priorité. Les parents souhaitent transmettre aux plus jeunes les savoirs liés à la forêt tout en leur permettant d’accéder à l’école. Entre tradition et modernité, les communautés cherchent un équilibre pour préserver ce qui peut encore l’être.

« Je te vois dans mes rêves »

Le titre du documentaire trouve son origine dans les mots d’un fils s’adressant à son père disparu, ancien détenteur des savoirs et figure protectrice de la communauté : « Je te vois dans mes rêves. Mais le matin, quand je me réveille, tu n’es pas là. »

Cette phrase résonne bien au-delà de l’histoire familiale. Elle symbolise la nostalgie d’un monde qui s’éloigne, la quête d’une identité menacée et le désir de retrouver des racines progressivement emportées par le déracinement.

Un plaidoyer pour la préservation des peuples autochtones

Ce documentaire, Je te vois dans mes rêves est un appel à regarder autrement les peuples autochtones du Cameroun. Le film rappelle la richesse de leurs connaissances, leur relation singulière à la nature et l’urgence de préserver un patrimoine culturel dont la disparition constituerait une perte pour l’humanité tout entière.

À travers les regards, les paroles et le courage des femmes baka, le documentaire pose une question essentielle : que devient un peuple lorsque la forêt qui l’a façonné disparaît ? La projection de ce film à Douala a offert au public une réponse aussi poignante que nécessaire, en donnant enfin une voix à celles qui portent, souvent dans le silence, l’avenir de leur communauté.

LNC.

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