Choisir un nom est un acte fort, rempli de significations. Dans la plupart des sociétés, cet acte
s’accompagne de rites et rituels particuliers. En nommant l’enfant, nous le faisons exister et nous le
reconnaissons. De ce fait, une transmission s’élabore entre celui qui donne le nom et celui qui le portera.
La nomination des enfants en Afrique de l’Ouest, particulièrement chez les Soninkés, constitue un
exemple des éléments en jeu dans le fait de donner un prénom à un enfant.
Nommer un enfant est un acte important dans toutes les sociétés et permet d’inscrire celui-ci
dans une communauté. Décider d’un prénom n’est donc jamais simple car il faut bien le choisir, ce qui
nécessite du temps. Dans de nombreuses sociétés les enfants ne sont pas nommés tout de suite à la
naissance mais seulement après un temps déterminé. De même, le choix du prénom ne peut pas avoir
lieu avant la naissance et nécessite parfois une concertation familiale.
Les cultures africaines accordent la plus grande importance à la descendance des individus. Comme le
souligne l’ethno-psychanalyste Kouassi Kouakou, « dans une vision du monde où la fécondité et le besoin
de se perpétuer sont si forts pour l’individu aussi bien que pour le lignage, il ne faut pas s’étonner de voir
l’enfant prendre une importance centrale et être attendu avec avidité. Dans sa venue le monde se
renouvelle, l’histoire originelle racontée par les mythes se réactualise : il est le meilleur gage du retour du
cycle qui relie les vivants et les morts, la vie des humains à celle des esprits et de la nature » [1]. Il est
donc considéré que tout enfant qui vient au monde est un étranger qu’il va falloir découvrir et apprendre
à connaître.
L’humanisation par le nom
Dans un premier temps, l’enfant qui vient de naître n’est pas considéré comme un être humain
mais comme un être venant du monde de l’invisible, qu’il va falloir découvrir et humaniser. Pour cela une
investigation concernant l’origine ontologique de ce dernier est nécessaire : Qui est-il ? D’où vient-il ?
À qui appartient-il ? Généralement, dans la pensée africaine, il est considéré que les enfants viennent
d’autres mondes – comme celui des ancêtres, le monde invisible – ou qu’ils sont un don de Dieu.
Cette interrogation sur l’origine du nouveau-né explique l’importance accordée à l’attribution du nom.
Effectivement, c’est ce dernier qui va permettre d’identifier la nature même de l’enfant.
TEG1 Il est alors nécessaire de bien nommer l’enfant qui vient de naître afin de l’inscrire dans le monde
des humains et de le protéger, en tenant compte des modalités culturelles requises par son groupe
d’appartenance. L’humanisation du nouveau-né va se faire à partir de rites et rituels, propres à chaque
culture et souvent à plusieurs moments et en plusieurs étapes.
L’attribution du prénom en milieu Soninké
Comme pour de nombreux peuples, chez les Soninké d’Afrique de l’Ouest (présents au Mali, au
Sénégal, en Gambie et en Mauritanie), l’attribution et la divulgation du prénom de l’enfant ont lieu
seulement après la naissance de l’enfant et d’une manière très précise. En effet, dans la société Soninké,
il faut attendre le Siyindé, cérémonie au cours de laquelle l’enfant est officiellement présenté à la
communauté. C’est lors de cet événement qu’à lieu la nomination de l’enfant. Celle-ci ne peut avoir lieu
que le septième jour après la naissance selon les prescriptions religieuses de l’Islam. De ce fait, pendant
les sept premiers jours de vie, l’enfant n’est pas encore né socialement. Cette période est comme le
temps de la “grossesse sociale” ; la datation du nom lors du Siyindé, vient signifier la naissance sociale en
inscrivant l’enfant dans le groupe. Elle peut également être considérée comme le temps nécessaire à la
rencontre entre la mère et son enfant pour permettre à celle-ci de réajuster sa représentation du bébé :
l’enfant réel se substituant à l’enfant imaginaire .
Pendant cette première semaine, le nom du nourrisson n’est donc pas divulgué. Il faut attendre la
cérémonie de nomination pour qu’il soit prononcé. Durant le temps entre l’accouchement et la datation
du nom, pour désigner l’enfant qui vient de naitre, sont emploie les termes de yigo xulle (homme
blanc) ou yakharé xulle (femme blanche). Ces termes renseignent seulement sur le sexe du nouveau-né
Le Siyindé est marqué par trois temps forts : celui du rasage des cheveux, la datation du prénom
de l’enfant et le sacrifice d’un mouton. Ce rituel est dirigé par un Imam. Il se déroule de la même
manière pour tout enfant, qu’il s’agisse d’une fille ou d’un garçon.
