Généralement, chez les Soninkés, l’enfant porte plusieurs prénoms : le(s) prénom(s) usuel(s), le prénom
caché, celui de l’ordre de naissance et, parfois, des prénoms en lien avec les conditions de naissance.
Les enfants ont tous au moins trois prénoms.
Le prénom usuel
D’une famille à une autre, la personne à qui revient le choix du prénom est variable. Dans
certaines familles, ce sont les deux époux à tour de rôle, pour d’autres (chez les Soninkés du Mali), c’est
le père qui nomme les deux premiers enfants, ensuite vient le tour de la mère pour le troisième, puis, de
nouveau le père pour les deux suivants et ainsi de suite. Et dans d’autres familles encore, chacun des
deux parents donne un prénom à l’enfant. Dans ce cas, la famille maternelle utilise le prénom donné par
la mère et la famille paternelle, celui donné par le père. De plus en plus toutefois, un seul prénom usuel
est choisi pour l’enfant.
Qu’il soit choisi par le père, la mère ou les deux parents, le prénom est souvent celui d’un
membre de la famille ou d’un proche (mort ou vivant). Ce prénom témoigne du respect, de l’affection
vis-à-vis de la personne choisie, et également d’une volonté de transmettre les qualificatifs de
l’homonyme à l’enfant. Les enfants sont donc pratiquement toujours nommés comme quelqu’un de la
famille. Les aînés portent souvent les prénoms des grands-parents, ce qui peut donner lieu à des
surnoms préférentiels tels que : papa, maman. L’usage de ces surnoms s’explique par deux raisons :
d’une part, on évite de prononcer le prénom de ses parents par respect, tout en utilisant un signe
affectif, et, d’autre part, cela permet de réguler et d’atténuer la relation parent-enfant, notamment lors
des moments de conflits ou de colère.
Certains enfants arrivent déjà avec leurs prénoms. Ces prénoms sont généralement donnés en
fonction des conditions de leur naissance. Ainsi, l’enfant dont le père décède pendant la gestation, sera
appelé Wagui pour un garçon et Sorané pour une fille. Il existe aussi des prénoms préférentiels pour les
jumeaux : lorsqu’il s’agit d’une fille et un garçon, ce sera généralement Awa et Adam, deux filles Awa et
Adama, deux garçons : Hussein et Hassan.
Quant aux enfants qui naissent dans la période de la fête de la
grande Aïd (bano en soninké), ils sont nommés du prénom mixte Bano. Ces derniers représentent la
seule exception quant au moment du Siyindé. En effet, si la fête a lieu au cours des sept premiers jours
du nourrisson, le Siyindé sera célébré à cette occasion. L’Aïd est en effet un jour particulier et important
pour la communauté musulmane.
De même, sont donnés des prénoms comme Dalla (« longtemps »), Madjigui (« Je ne l’espérais pas »),
qui sont donnés à des enfants longuement attendus.
Trouver des prénoms qui ont des connotations négatives, n’est pas rare également en milieu
soninké. Ils étaient donnés pour protéger les enfants dont la mère perdait beaucoup d’enfants.
Par exemple, le prénom Sedifo qui veut dire « chose à jeter ». Ainsi, l’esprit qui viendrait voler/prendre
l’enfant, serait dissuadé de prendre une chose à jeter.
Autre exemple, le prénom Koundou qui veut dire
« comme ça », c’est-à-dire sans prénom, car comme les aînés, ils partiront eux aussi.
Le choix de ces prénoms est une manière de protéger ce nouvel enfant qui arrive en l’exposant le moins
possible et permet de l’inscrire dans le monde visible (des humains). La pratique de l’homonymie fait que
ce sont des prénoms toujours portés à ce jour, plus rarement toutefois pour ces raisons de protection
mais pour pour perpétuer le prénom d’un membre de la famille.
Le prénom caché
En plus du prénom usuel, qui peut être choisi en fonction de plusieurs raisons, il existe le prénom
attribué par l’Imam, en accord avec la famille : un prénom choisi dans le Coran ou en lien avec le
calendrier musulman. Ce prénom est divulgué en petite communauté lors du Siyindé car il s’agit du
véritable prénom de l’enfant, celui par lequel il peut être exposé et fragilisé. En effet, pour l’attaquer, lui
faire du mal, c’est ce prénom qui sera utilisé. Il est donc gardé secret et n’est connu que de peu de
personnes. Il n’est révélé au sujet concerné qu’à l’âge adulte, souvent au moment du mariage, afin d’être
certain qu’il ne le divulguera pas.
Le prénom affiliant
Il existe également des prénoms indiquant l’ordre de naissance, donné aussi bien pour les filles que pour
les garçons. Il s’agit de prénoms présents bien avant l’islamisation des Soninkés. Ainsi, parmi les garçons,
Soma désigne le premier, Samba le deuxième, Demba est le troisième et les autres.
De même, pour les
filles, la première est nommée Sira, la seconde Khoumba, la troisième Fenda. Ces prénoms renseignent
quant à l’ordre de la fratrie selon le sexe des enfants. En donnant ces prénoms aux enfants, ils sont
inscrits dans la lignée et sont affiliés à leurs parents. Ainsi, un enfant peut très bien être nommé Soma
par sa mère et Samba par son père s’il est le second fils de ce dernier et le premier de sa mère.
En milieu Soninké comme dans de nombreux peuples, avoir plusieurs prénoms est courant et relève de
multiples explications. Chaque prénom est porteur de significations, inscrivant le nouveau-né dans le
monde des humains et dans une filiation.
