Ce ne fut pas facile mais la patience et la diplomatie étaient le support pour changer la donne et faire que le Bénin retrouve une partie de son patrimoine de 26 « œuvres d’art ». C’est ce qui ressort de la soirée dédicace de l’œuvre « la restitution de biens culturels entre la France et le Bénin » de l’ambassadeur Angelo Dan,un des porteur du processus. Ceci en présence de nombreux diplomates, aussi bien en fonction qu’en retraite, curieux et invités venus de différents horizons, l’auteur a tenu à faire la restitution du patrimoine du pays.
Un récit passionnant qu’on a eu l’occasion de suivre à travers la présentation de quelques pages de l’œuvre au grand public. Écrit en forme de journal, on peut suivre le processus historique qui avait pris pratiquement 6 ans, de 2016 à 2022. Un événement qui mérite d’être raconté pour permettre à chacun de saisir l’impact de ses œuvres et du besoin de chacun d’avoir près de lui son patrimoine. Le rappel est clair : c’est un devoir de mémoire, une philosophie, un code d’éthique qui se doit d’être respecté.
Dans son récit qui a captivé plus d’un, monsieur Dan nous a conté le comment et où,les choses ont pris forme, les péripéties et actions entreprises par le président Talon pour que se réalise ce qu’il avait mis en priorité dans son programme présidentiel. Il refusait le non de la France et avait décidé de remporter cette manche. On nous fait un récit passionnant des diplomates béninois qui ont donné de leur personne pour que tout se passe bien, de l’emballage des œuvres délicates du musée à l’aéroport et l’anecdote d’une décision péremptoire du président « On paie et on ramène les œuvres comme c’est parti en un seul vol ».
Cette œuvre vous fera vivre comme si vous y étiez – les plaidoyers, les auditions, les moments de tensions sur la méthode à appliquer pour que les choses avancent. Les conflits générés par des décisions qui ont dû écarter certains, pourtant impliqués dès le début. Angelo Dan refuse que ses moments soient mis aux oubliettes ou même perçus comme faciles. Il voudrait interpeller les Béninois ainsi que les autres peuples africains à suivre ce journal, peut-être pas à la lettre, mais s’en inspirer pour pouvoir retrouver ce qui leur appartient.
Le Bénin, via cette restitution, a démontré que la violence ne peut rien apporter de positif et rapidement, mais avec la diplomatie, on peut décrypter les mots et les termes qui peuvent devenir un enfer ou un paradis.
Notre ambassadeur nous parle de la nuance qui existe entre bien culturel et œuvre d’art, comme le voulait référencer le gouvernement français en début de négociation, ce qui n’est pas la même logique de gestion.
Il en ressort que le Bénin a reçu en partie ses biens patrimoniaux, mais il n’en demeure pas moins que d’autres œuvres sont encore loin du pays natal. De ce fait, il est important pour chaque pays de proposer un catalogue de ses œuvres afin de les avoir répertoriées pour être celui qui décide de ce qui doit lui être restitué, car juste réclamer sans avoir une idée claire fera que c’est l’autre qui décide de ce qu’il vous remet.
Au moins 3 heures d’échanges dans une belle ambiance au cœur de la grande bibliothèque Bénin Excellence, un joyau historique, préfacé par Bénédicte Savoy et Felwine Sarr, édité par Présence Africaine.
Notre auteur, après le succès de cette négociation bilatérale, est promu au poste d’ambassadeur, chef de mission adjoint à l’ambassade du Bénin à Paris en 2021. Une œuvre historique, politique, mémorielle que chaque Africain devrait avoir en sa possession.
